samedi 20 octobre 2018

(298) - LETTRE FRANCE => ESPAGNE 1830


Lettre d'au moins 2 grammes (sans le cachet de cire manquant) datée de Niort du 12 Avril 1830 et envoyée en Port Payé de Saint Maixent (qui n'était pas encore l'Ecole, cela arrivera presque 100 ans plus tard) du département des Deux Sèvres alors N° 75 le même jour.
  • Envoyée au Señor Don Pedro de la Hoz del Cons(ej)o de S(u) ? M(ajestad) Sec(retari)o Director de redaccion de la Gaseta Imprensa R(ea)l à Madrid, l'équivalent de notre journal officiel . L'adresse est barrée en X pour signaler un « Port Payé »
  • Mention « Espagne par Bayonne » signalant le point de sortie du territoire, qui était en fait St Jean de Luz, (Bayonne étant le point d'entrée, dans le sens Espagne-France),
  • timbre à date type a du 12 Avril 1830 ,
  • marque « 5R » rouge indiquant la taxe espagnole de port dû soit 5 reales de vellon, tarif du 07/02/1816 pour une lettre de 4 adarmes ( 1 adarme = 1,8 grammes) pour une lettre destinée à l'Espagne intérieure au sud de l'Ebre, frappée à Madrid,
  • en haut à gauche marque manuscrite 2/ est le numéro de rang (pour une période donnée) des ports payés du bureau de St-Maixent, à reporter sur le registre idoine.

  • Au dos timbre à date d'arrivée rouge M(adrid) A(bri)l 19 1830,
  • marque 9 (décimes) manuscrite indiquant l'affranchissement depuis le bureau de départ jusqu'au bureau de sortie de France selon le tarif du 01/01/1828 soit une distance de 350 km environ en ligne droite, soit 7 décimes, augmenté de 2 décimes de port frontalier. Elle se lit ainsi :



Le texte de cette lettre se lit relativement bien et ne présente que peu d'intérêt, il ne parle que d'argent, de placements et de famille.
En voici cependant la traduction :





"Mon cher frère, le premier du ? courant je t’ai écrit en incluant une (lettre) pour Enriquetta et t’annonçant l’envoi de 3388 francs par l’intermédiaire de M. F. Faurie de Bayonne [François Faurie, né le 9 mars 1785 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et décédé le 14 mars 1869 à Tarnos (Landes), était un négociant et homme politique français - ndt]. Je suppose que ma lettre est déjà arrivée entre tes mains, et qu’aussi avant que ceci se soit passé ( ???) les fonds soient en ta possession et donc que mon correspondant se soit montré exact ; j’attends que tu ne négliges pas de me donner avis de tout ceci pour ma tranquilité. Ayant lu ces derniers jours dans plusieurs journaux les deux décrets royaux du mois passé qui paraissent assurer le paiement des coupons, il m’est venu à l’idée de risquer certaines des valeurs consolidées, nous disposons pour ça de certains fonds que je conserve depuis la vente de Naples. Mais avant de risquer mon argent je veux que tu me dises si à ma place tu ferais pareil.
La valeur des coupons est de 47, elle ne me paraît pas proportionnée à celle des actions de la rente à vie qui se négocie à Paris à 78 et 79. Je suppose que les bons doivent produire de 10 à 11% et il me paraît indubitable que si les semestres de juillet et octobre sont bien payés ils sortiront alors à 60 et peut-être 70 ; avec des meilleures données tu me diras ce qu’il y a eu sur le ( ???) et si ta réponse se trouve être d’accord avec ma façon de voir je te remettrais 3, 4 ou peut-être 6000 francs pour voir si on peut gagner quelque chose, puisqu’ici ici les fonds publics offrent à l’heure actuelle peu d’avantages.
J’ai vendu mes obligations de l’Emprunt royal à 89 1/2 qui au moment de l’emprunt m’avaient coûté 79. Réponds-moi le plus vite possible que je puisse finir de prendre ma décision.
Rien de nouveau ici comme ne doit pas l’être la sincère affection que t’offre ton frère, signé Machin.
Mille affections à Dolores Tomas et Enriquette et caresses à leurs enfants."


Quelques précisions:
  • le destinataire Don Pedro de la Hoz (1800-1865) était un homme politique espagnol dont vous saurez toute l'histoire (en espagnol) ICI  ou LA . Vous y apprendrez donc qu'il se maria en 1825 avec María de los Dolores de la Cruz de Liniers y Sarratea, fille du Viceroi du Río de la Plata Santiago de Liniers.
  • La sus-dite María de los Dolores de la Cruz née en 1805 était elle même fille de Santiago de Liniers comme l'indique la généalogie ,
  • et ce fameux Santiago de Liniers né à Niort en 1753 n'est autre que Jacques de Liniers dont vous lirez avec intérêt la vie aventureuse .

Et c'est ainsi que la boucle se fait, l'un des 8 frères de Don Pedro est en voyage en France et très probablement hébergé dans sa belle famille à Niort.

Mais il demeure un mystère insoutenable que venait il donc faire à Saint Maixent ?

Nous ne le saurons probablement jamais.

Sources et Remerciements :
Cette note, l'une des plus longues que j'ai jamais écrite doit énormément beaucoup à
  • les ouvrages de Madame CHAUVET c'est à dire en particulier son « Introduction à l'Histoire Postale des origines à 1849 » dont le tome 2 s'intéresse aux « Tarifs Postaux » ainsi qu'à ses « Relations de la France avec l'Espagne de 1660 à 1849 » tous les deux publiés chez BRUN & Fils respectivement en 2000 et 2002
  • le fabuleux Forum des Collectionneurs dont vous suivrez avec émoi les diverses supputations émises par l'auteur de ce blog et magistralement, mais toujours avec bienveillance, corrigées par les érudits participant notamment sur les deux fils suivants :
que tous ceux qui y ont participé en soient ici chaleureusement remerciés.

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